LE BURN-OUT MATERNEL
Publié le 5 Juin 2011
Un burn-out ? Connaissez-vous cette expression à la mode ?
Le syndrome du burn-out (du verbe anglais to burn out qui signifie saturation, épuisement) se caractérise par un état d'épuisement général, à la fois psychique, émotionnel et mental. Les "batteries sont vides" et le sujet n'est plus capable de récupérer sur de courtes durées.

On parle le plus souvent de burn-out professionnel qui peut être favorisé par le nombre croissant des chômeurs, la crainte de perdre son emploi, le stress, l'excès de sollicitation, etc. Les vrais symptômes sont souvent méconnus mais peuvent engendrer des complications médicales sérieuses comme la dépression ou les maladies somatiques.
Il se retrouve souvent sur des sujets sensibles, perfectionnistes, ayant des attentes élevées envers eux-mêmes, une conscience professionnelle importante ou ayant des difficultés à poser des limites dans un contexte de surcharge de travail.
Pour en savoir plus sur le sujet, lire ici.
Mais en quoi tout cela concerne-t-il les mères ?
C'est en voyant il y a quelques temps le titre de l'article de Maryvonne, Et si c'était ça le bonheur ? Le burn-out des mamans que je me suis posé cette question. J'ai donc dévoré son billet avec la plus grande attention et j'ai été surprise en lisant ses propos (et soulagée en même temps de voir que je n'étais pas la seule) de voir ressurgir (et partager avec elle) certaines vieilles sensations comme la difficulté d'être une mère au foyer, l'impression d'en faire toujours plus et pourtant jamais assez, l'envie d'avoir voulu me faire offrir une cure de sommeil pour la fête des mères, le sentiment d'être parfois incomprise....
Oui, j'ai ressenti tout cela et aussi l'impression de n'avoir surtout pas le droit de me plaindre la bouche pleine car c'était tabou de dire haut et fort que je n'en pouvais plus quand il n'y avait aucune raison apparente à cet état de fait, que je ne me reconnaissais plus, que j'étais parfois tout sauf la mère que j'avais rêvée d'être pour mes enfants, que j'avais l'impression d'avoir tout fait comme il faut et que pourtant rien n'allait, que je rêvais d'être seule quelques semaines jours, surtout sans mari ni enfants, que parfois je perdais complètement les pédales, que j'étais obligée de me faire violence pour me lever le matin, avec l'envie de pleurer dès potron-minet, que j'avais certains jours une furieuse envie tout larguer, que je devenais agressive, voire méchante, alors que ce n'est absolument pas dans ma nature, que j'avais des gestes de violence (non ! pas envers les enfants mais il s'en fallait parfois de peu et je me vengeais sur les objets) et surtout l'impression de ne pas comprendre ce qui m'arrivait. Après tout, les enfants étaient en bonne santé, ils travaillaient bien à l'école et avaient une vie sociale harmonieuse, on n'avait pas de difficultés financières majeures, ni de problèmes de couple, ni de voisinage, les autres mamans me trouvaient plutôt cool et bien organisée, parfois même m'enviaient... Et puis je les avais voulus et désirés ces enfants ! Et puis il y a tant de mamans qui aimeraient tellement en avoir et ne peuvent pas. Et puis il y a celles qui ont des enfants handicapés. Ou celles qui ont perdu le leur....
C'est donc avec un intérêt tout particulier que j'ai cliqué sur le lien qu'elle nous indiquait et que j'ai écouté quasi religieusement et très émue l'émission du 20 avril dernier de Faustine Bollaert, animatrice sur Europe 1, sur le burn-out des mamans ou syndrome d'épuisement maternel. Oui, je pense que c'est bien de cela que j'ai souffert à une période de ma vie, sans très bien comprendre ce qui se passait.
Mais comment en arrive-t-on là ?
Si la maternité, être mère de famille et s'occuper de ses enfants à son domicile peut être perçu comme quelque chose de naturel, voire de "chance", les personnes qui n'ont pas vécu cette situation ont du mal à imaginer à quel point cela peut-être épuisant.
Alors là, j'en vois déjà qui ricanent, c'est le retour de l'éternelle guéguerre entre les mamans qui travaillent et celles qui sont au foyer. Pour avoir vécu les deux situations avec des enfants en bas âge, je peux affirmer que celles qui travaillent pensent que les autres ne font rien de leur journée, ah si ! boire le café en papotant avec leurs copines, qu'elles peuvent prendre leur temps pour faire les choses tranquillement et qu'il n'y a aucune raison de stress. Alors que les mères au foyer envient celles qui travaillent car elles peuvent fermer la porte de leur maison derrière elles le matin et tout oublier pour quelques heures, se confier, avoir de vraies conversations avec de vraies grandes personnes, voire se décharger sur les autres (nounou, garderie, cantine,...) qui s'occuperont de leurs enfants pendant leur journée de femme active.
De manière générale, je pense qu'il faut avoir un regard bienveillant sur les autres mères car elles sont toutes soumises à rude épreuve mais ne pas oublier non plus qu'être maman au foyer est un poste à haut niveau de responsabilité, tout comme une femme active pourrait en avoir un dans sa vie professionnelle : qu'y a-t-il de plus compliqué en effet qu'élever un enfant, voire deux, trois ou quatre, pour en faire des êtres humains dignes de ce nom ?
Et c'est aussi un poste qui demande une forte implication : il faut être grosso modo disponible 24h/24, 7 jours/7, 365 jours/an et au final la mère reçoit peu ou pas de reconnaissance extérieure ou sociale, elle ne reçoit aucune reconnaissance financière. Pas de retraite non plus. Par ailleurs, plus on a d'enfants, et plus ils sont rapprochés, plus la charge de travail est importante.

La mère est multi-job : il y a le ménage, le linge, les courses, les repas, la gestion du budget familial. Il faut conduire les enfants à l'école ou à leurs activités, être infirmière pour soigner les petits bobos et les grosses fièvres, nettoyer les vomis, changer les lits et doucher les enfants en pleine nuit en cas d'épidémie de gastro, psychologue pour guérir les bleus de l'âme, professeur pour aider les enfants à faire leurs devoirs et réciter leurs leçons, diplomate pour gérer les conflits sans blesser ou léser qui que ce soit, tour opérateur pour organiser les loisirs, les sorties, les vacances, animatrice qualifiée pour les fêtes d'anniversaire, les soirées-pyjama, les mercredis après-midis, secrétaire pour prendre les rendez-vous chez le médecin, l'orthodontiste, l'ophtalmo, le dentiste, etc. etc. je m'arrête là mais la liste pourrait continuer encore.
En plus de cela, elles peuvent rarement se concentrer sur une seule tâche, elles sont souvent interrompues par les demandes des uns ou des autres et peu enclines à refuser d'aider ou d'écouter. Et ça, c'est épuisant. Elles sont fatiguées par les nuits trop courtes, le manque de sommeil, le quotidien d'horaires décalés, les imprévus qu'il faut gérer, l'angoisse de mal faire ou de ne pas y arriver, celle d'avoir pris ou pas la bonne décision.
La mère est là tout le temps, pour tous ; elle donne sans compter et reçoit peu en retour, passe toujours après les autres. Les enfants qui remercient leur mère de ce qu'elle fait pour eux, cela existe sûrement mais certainement pas assez pour qu'elle se sente valorisée.
Et voilà la maman exactement dans la même situation à risque que celle d'un cadre débordé.
Qui aurait interdiction de démissionner.
Un syndrome qui atteindrait surtout les mères qui cherchent à être parfaites, et qui s'épuisent à vouloir trop bien faire. Car après tout, on est là pour ça, c'est notre job, on a signé et on entend bien tout mettre en oeuvre pour que tout soit parfait comme dans le meilleur des mondes ou la petite maison dans la prairie.
Et petit à petit, on se rend compte qu'on n'est pas la maman qu'on aimerait être, qu'on s'énerve pour tout, qu'on crie trop, qu'on gronde plus qu'on ne le voudrait, qu'on est injuste, on se sent nulle, on culpabilise, on perd confiance en soi, on a l'impression d'être une mauvaise mère, on n'y arrive pas et on pense que c'est parce qu'on manque d'organisation, on ne comprend pas ce qui se passe, on ne se reconnaît plus, on est démoralisé, on n'a le temps pour rien, plus de patience, on a l'impression de ne pas y arriver et que tout part à vau-l'eau, que tout demande un effort énorme. Et on se réveille un matin avec le sentiment d'être au bout du rouleau et la sensation de ne plus pouvoir supporter ses propres enfants.
Et tout cela a donc un nom : le burn-out maternel ! Un état proche de la dépression mais dont les causes sont toutes différentes. Les façons de s'en sortir aussi. Encore faut-il s'en rendre compte, savoir que ça existe et arriver à prendre suffisamment de recul pour trouver les bonnes solutions.
La famille proche ou les amis, souvent, ne voient rien et ont du mal à accepter cette situation. Les petites phrases qui se veulent bienveillantes sont en général assassines : "mais si, tu es parfaite, tu as tout pour être heureuse, il faudrait que tu te reposes (ah oui ! et sur qui ? ou quand ?), c'est peut-être pas comme ça qu'il faudrait faire, pense à ceux qui n'ont pas la chance que tu as, vraiment je ne vois pas de quoi tu te plains". Eh oui, tout va en apparence pour le mieux. Et en fait tout va mal.
Et les papas dans tout ça ? Eh bien, les papas travaillent, il le faut bien. Les mamans pensent que c'est leur boulot à elles de s'occuper de la maison et des enfants, et que si ça ne va pas, c'est sûrement de leur faute. Elles se disent tout naturellement que ça ira mieux demain, qu'elles vont y arriver, elles lisent des tas de bouquins et de magazines pour chercher des solutions mais hésitent souvent à avouer qu'elles sont en train de craquer (où serait alors l'image de la mère parfaite ?) ou à solliciter leur compagnon (ce serait avouer partiellement leur échec). Et plus ça va, plus elles s'enlisent.
Pour mieux comprendre, un clic ici pour écouter l'émission de radio dont je parlais un peu plus haut et des témoignages de mamans et de papas, notamment celui de Stéphanie Allenou, maman de 3 enfants dont des jumeaux, qui a écrit Mère Epuisée, un livre où elle parle de son expérience et de son "burn-out" personnel.
L'article est long, désolée, mais s'il peut aider ne serait-ce qu'une maman, il n'aura pas été écrit pour rien.